Historique

Les flûtes de l’antiquité au baroque

Sans remonter à la préhistoire, qui atteste déjà l’existence de divers types de flûtes, les premiers témoignages de l’existence de la flûte traversière se trouveraient dans la poésie chinoise du IXe siècle avant J.-C.
Au Moyen Age on la retrouve d’abord dans le monde chrétien oriental au Xe siècle, puis occidental au XII e siècle. Excepté plusieurs sifflets en os exhumés, datant probablement du XIIIe siècle,  les seules traces de la flûte traversière sont alors picturales ou dans la littérature. C’est seulement à partir XVIe siècle que nous parviendront des instruments suffisamment bien conservés pour que l’on puisse avoir une idée précise de leurs caractéristiques acoustiques. Les flûtes de la Renaissance sont en bois (fruitiers ou buis), sans clés, présentent une perce fine entièrement cylindrique et sont conçues pour être utilisées principalement dans leur deuxième octave. Enfin, si leur chromatisme nous semble assez délicat, il est bon de remarquer qu’il ne s’agit pas là d’un défaut de l’instrument, mais bien au contraire de son adéquation à la musique de son époque et au tempérament mésotonique à tierces pures. A la fin du XVIIe siècle, la flûte traversière est foncièrement modifiée pour s’adapter au répertoire : la perce devient conique inversée et une clé lui est ajoutée pour faciliter l’obtention du ré dièse. Ce nouvel instrument présente des caractéristiques très différentes de son prédécesseur : les graves sont beaucoup plus puissants, le chromatisme plus aisé, la justesse moins délicate et le son plus rond.

Les flûtes romantiques

À la fin du XVIIIe siècle de nouvelles clés sont ajoutées à l’instrument afin d’éviter les « doigtés de fourche ».
Ces doigtés permettaient jusqu’alors d’obtenir les notes altérées, leur procurant un timbre plus doux et moins sonore que les autres notes. Cette inégalité du timbre était un atout dans la musique baroque mais devint un handicape au XIXe siècle. La nouvelle esthétique musicale exige des instruments au son égal, suffisamment puissants pour remplir les salles de concert de plus en plus grandes, et permettant un jeu chromatique sur trois octaves. C’est alors que les évolutions de l’instrument divergent fortement selon les pays. En France, on garde un instrument à huit clés proche de l’esthétique baroque : perce fine et petits trous de jeu procurent un son suave et souple, mais de faible puissance. En Angleterre, par contre, la perce s’élargit, ainsi que les trous de jeu qui peuvent atteindre un diamètre de 11mm pour certains, alors qu’en France la moyenne est à 7mm. Ces instruments sont beaucoup plus puissants et nettement plus timbré. En Allemagne, on optera pour une esthétique située à mi-chemin de ces deux tendances opposées.

La flûte Boehm

En 1832, Theobald Boehm, flûtiste et facteur de flûte allemand, impressionné par la puissance des flûtes anglaises mais leur reprochant une intonation défectueuse, invente une nouvelle flûte. Encore en bois et à perce conique inversée, elle possède un système de doigtés totalement nouveau lui procurant un son plus égal et plus juste. Pourtant les flûtistes sont réticents face à ce nouveau système. Boehm n’abandonne pas et retravaille sur son instrument pour aboutir en 1847 à un tout nouvel instrument. Plutôt que de modifier le modèle existant, il réinvente la flûte en se basant sur les récentes découvertes en acoustique, notamment pour la localisation des trous de jeux. Il aboutit à un instrument en métal, à perce cylindrique, avec des trous de jeu tellement gros qu’ils doivent être bouchés par des plateaux. Le son en est particulièrement timbré et puissant, et la justesse correspond aux exigences du tempérament égal en vigueur au XIXe siècle. L’instrument peut jouer dans toutes les tonalités sur trois octaves.

Si cette nouvelle flûte est rapidement adoptée en France, il n’en est pas de même dans les autres pays. En Allemagne, on garde la flûte à huit clés dans la déclinaison de Meyer ; à la fin du XIXe siècle Schwedler met au point la « Reformflöte»  qui tente de concurrencer la flûte Boehm sur le plan de la justesse et de l’étendu du registre tout en gardant les caractéristiques sonores et de doigtés des flûtes à huit clés. En Angleterre plusieurs modèles apparaissent en réaction à la flûte Boehm. On peut distinguer deux écoles : l’une adopte la nouvelle perce cylindrique de Boehm mais tente de garder un système de doigté proche des flûtes à huit clés, ce sont les flûtes de Rudall an Carte sytème Carte de 1851 puis 1867 ainsi que le modèle Radcliff. L’autre école garde une perce conique (présentant en général une conicité moins prononcée que par le passé) et un système de doigtés proche des flûte à huit clés, ce sont les modèles de Siccama que Pratten modifiera pour aboutir à son propre modèle, ainsi que les flûtes « equisonant»  de Clinton. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que la flûte de Boehm sera utilisée dans toute l’Europe.

La flûte irlandaise

Les flûtes traversières irlandaises, souvent appelées simplement flûtes en bois, sont des instruments directement dérivés des flûtes anglaises du XIXe siècle. Elles sont en bois, le plus  souvent en ébène mais aussi parfois en buis, présentent une perce conique inversée et de gros trous de jeu. Elles utilisent le système à huit clés commun à toutes les flûtes du début de ce siècle. Contrairement au système inventé par Boehm, celui-ci n’utilise pas de plateaux et ce sont les doigts du musicien qui bouchent directement les six trous « de base » de l’instrument. Cette particularité est essentielle pour pouvoir réaliser les ornements comme les « slide » utilisés dans la musique irlandaise ou bretonne.
Deux modèles principaux furent largement répandus dans l’Angleterre du XIXe siècle. Le premier, conçu par les ateliers Rudall and Rose puis modifié par Rudall and Carte, est également le plus ancien. Ces flûtes sont en quatre parties, comme les flûtes baroques, et présentent une perce conique prononcée, ce qui leur procure un son relativement puissant avec des aigus fluides et chantants. L’autre modèle mis au point par Pratten est plus tardif et présentait une alternative à la nouvelle flûte inventée par Boehm. Elle adopte une construction en trois parties : les deux corps centraux sont remplacés par un seul grand corps. La perce, légèrement moins conique que sur les modèles Rudall, et les trous de jeu plus gros en font des flûtes très puissantes, au son plus rauque. En revanche, leurs aigus sont moins subtils que ceux des modèles Rudall. D’autres types de flûtes, de conception parfois très ingénieuse quant au système de clé, furent utilisés, mais ils ne bénéficièrent pas de la diffusion ni de la renommé des flûtes Rudall ou Pratten.